Ce n'est plus trop la
saison ^^ mais j'ai un petit conte de Noël à vous faire
partager. C'est moi qui l'ai écrit...
Noël. La
fête des enfants. Une fête de famille. Une fête
où on oublie tout pour être ensemble et
partager.
Oui, pour elle
Noël c'était cela. Toute sa famille, les gens qui
comptaient étaient autour d'elle.
" Dis
mamie... Tu nous raconte comme c'était Noël
avant ? " Marie était assise sur le pouf
jaune du salon avec son petit frère. Leurs yeux noisette
brillaient de curiosité. Pierre hocha la tête
avec un grand sourire qui lui demandait de raconter. Oui
raconter... ils aimaient tant quand elle leur racontait des
histoires. Les deux plus grands la regardaient aussi : ils ne
croyaient plus trop aux contes de Noël mais les récits
de leur grand-mère étaient en général
passionnants. Andrée tourna la tête vers sa
deuxième fille qui acquiesa. Le repas n'était pas
encore prêt.
Bien
calée dans son fauteuil, elle parcourut son auditoire du
regard : sa seconde fille était sur le siège
à côté d'elle, derrière elle son mari
appuyé au dossier, ses deux premiers
petits-enfants Florence et Jérome sur les
accoudoirs d'un autre fauteuil, au milieu d'eux leur père et
enfin les deux derniers Marie et Pierre sur le vieux
pouf. Le grand-père était dans la cuisine avec leur
première fille Annick en train de surveiller la cuisson de
la dinde. Tout le monde était prêt à
l'écouter.
Elle ne
pouvait pas leur raconter ses vrais Noël. Cela n'avait pas
d'intérêt : savoir que ses frères sa
sœur et elle avaient plus souvent des mandarines que des
cadeaux pour cette fête n'avait rien de magique... Pour elle
cette fête devait être magique...
Je
me souviens d'un Noël en particulier : je devais avoir
dans les 6-7 ans comme toi Florence. Nous habitions au Maroc dans
la ferme familiale -comme vous le savez-. Pour Noël, la maison
était en effervescence : papa avait emmené les
garçons attraper un coq dans la basse-cour,
mémé gardait le petit dernier en tricotant son
énième gilet pour l'un d'entre nous. Antoinette et
moi étions avec maman dans le jardin potager. Il fallait que
l'on prenne de beaux légumes pour la soupe du soir et
surtout pour le midi même.
On
était le 25 décembre. A minuit, on s'était
tous rendu à l'église pour écouter la messe et
on avait bien chanté. Aujourd'hui on allait avoir droit
à un repas de fête.
On
était accroupie toutes les deux à côté
des plants de haricots verts choisissant les plus jolis pour les
mettre dans notre panier. Plus loin, maman tirait sur les pieds de
pommes de terre puis essuyait les tubercules sur le tablier de sa
robe bleu. Il ne faisait pas froid mais nous étions au
Maroc. En hiver soufflait ce vent du nord qui apportait de la mer
une certaine douceur et nous respirions normalement après
l'étouffant été.
Antoinette
m'attrapa un pan de ma robe et me força à m'accroupir
à côté d'elle.
" Regardes ! "
murmura-t-elle. J'allais lui demander quoi... Mais mon regard fut
attirer par quelque chose de brillant au milieu des plants de
haricots. C'était petit mais la lumière (est-ce
vraiment de la lumière ? Je ne sais pas mais pour moi
c'en était bien...) qui en émanait était assez
vive. De couleur blanche, elle virait au vert avec les feuilles
d'haricot qui se trouvait au-dessus d'elle. Plus
téméraire que ma sœur aînée
j'avançai ma main, poussant quelques feuilles pour
découvrir la source de la lumière. On aurait dit un
papillon... mais deux grands yeux verts nous fixaient
terrifiés... La chose était toute petite, mais elle
me fit penser à une petite femme... avec des ailes blanches
et translucides. Aucune de nous ne bougea. Nous deux petites filles
étaient trop surprises par notre découverte pour plus
oser bouger, et la petite créature semblait avoir peur de
nous. Nous devions être des géants pour elle.
" Dépêchez-vous
les filles, il est temps de rentrer. Le repas ne va pas se
préparer sans nous. " Maman nous appela et nous ne
devions plus tarder. Il fallait que l'on se décide vite...
Que faire de cette créature de lumière ?
" Tu
crois que c'est un ange ? demandai-je à
Antoinette
-
Elle est bien
petite pour un ange... Mais je ne vois pas ce que ça
pourrait être d'autre, avoua-t-elle.
-
Prenons-la
avec nous pour la montrer aux garçons...
-
Mais
pourquoi ? Laissons-la ici plutôt... Nous reviendrons la
voir plus tard.
-
Et
si elle s'en va ? Non, moi je la prend. " Aussitôt
dit, aussitôt fait. Elle était toute fine et quand je
l'attrapai je craignis de lui faire un mal. Je la mit dans la poche
de ma robe et la lumière qu'elle dégageait baissa un
peu.
-
" Regardes !
Tu lui fais trop peur Andrée... Reposes-la... "
Mais je ne lui
répondis pas et courus rejoindre notre mère qui nous
attendait à l'entrée du potager. Antoinette,
déçue que je ne l'écoute pas, traîna les
pieds jusqu'à la maison.
Les
garçons étaient regroupés autour de moi et de
ma main tendue. A l'intérieur de celle-ci, se tenait la
petite fée... J'étais sure que c'était une
fée. Elle était plus confiante maintenant avec moi
mais la présence de mes trois frères lui faisait
quand même assez peur.
" Et tu
l'a trouvée dans le jardin ?, me demanda pour la
troisième fois Joseph mon cadet.
-
Montre-la moi
Andrée ! , trépignait Alphonse qui
était le plus petit.
-
Mais
laissez-la un peu tranquille, vous ne voyez pas qu'elle a peur la
petite... "affirma Dominique fier de son autorité
d'aîné.
Ils se turent
tous et curieux ils l'observèrent en silence. Ses petites
ailes, son petit nez, ses petits yeux qui étaient trop
grands mais qui restaient beaux et envoûtants, ses cheveux
verts et lisses... Elle était belle, je trouvais.
Le
vent se leva, et une étrange mélodie emplit l'air
autour de nous. On se regarda les uns les autres surpris. Mon
regard se porte vers la fée : elle tenait ses petites
mains jointes sur sa poitrine, la tête renversée vers
l'arrière, ses cheveux portés par la brise. De sa
minuscule gorge sortit une voix claire et douce. Elle chantait. Une
aura blanche l'entoura me réchauffant les mains.
Le
ciel se couvrit doucement de nuages gris. D'où
venaient-ils ? Un instant avant le ciel était bleu et
le soleil franc et doux. Le vent se fit plus pressant, et la petite
fée continuait de chanter. On ne savait plus si on devait
avoir peur ou pas... La mélodie de la fée
était apaisante : on aurait dit une berceuse.
" Je veux
vous faire un cadeau car vous êtes de gentils enfants,
curieux mais gentils. "
Avait-on
rêvé ? Etait-ce bien elle qui avait
parlé ? Qui cela pouvait-il être sinon elle car
nous étions seuls ?
" Parce
que c'est aujourd'hui Noël... et que vous êtes tous
ensemble... Que votre famille est belle et unie... Car il n'y a
rien de plus beau au monde que l'amour. "
Que
racontait-elle ? On ne comprenait pas bien...
" Réunissez
les gens qui vous sont proches, même si pour eux ce jour
n'est pas une fête. Car c'est la naissance d'un enfant auquel
ils ne croient pas. Mais invitez-le car une fête se doit
d'être partagé entre personnes qui
s'aiment... "
" Faites
ça ! et votre cadeau tombera du ciel... "
Elle
s'éleva de ma paume en battant de ses ailes blanches. Elle
s'approcha de ma joue et y déposa un baiser. Puis elle se
glissa jusqu'à mon oreille et me murmura ces mots
" Fais passer le message... Si Noël n'était qu'une
fête pour être ensemble... "
Puis elle
s'éloigna entourée de sa couronne de lumière
et finit par disparaître à l'horizon. Mes
frères et moi tombâmes par terre ; tout cela
était un peu trop pour nous... Trop compliqué
surtout... Nous nous sentions dans un rêve dont on
s'éveillerait bientôt.
Le
ciel était toujours couvert et le vent se faisait plus fort.
On rentra donc en courant chez nous. Nous ne parlâmes pas de
cette affaire ni entre nous et encore moins à nos parents.
Cela semblait trop irréel pour être vrai.
Mais
malgré moi, tandis que j'épluchais pour aider maman
les pommes de terre qu'elle avait sorti du sol quelques heures
auparavant, je me mis à penser aux paroles de la petite
fée. " une fête pour être
ensemble... " Oui, mais nous étions déjà
tous ensemble.
" même
si pour eux ce n'est pas une fête... " J'entendais
encore sa petite voix dire ces mots... Que signifiaient-ils ?
Pour qui Noël n'est pas une fête ?
Ah
oui, bien sur...
Nous allions
tous à l'école du village mais dans cette
école nous n'étions pas que des catholiques. Il y
avait aussi bien des musulmans et des juifs. Nous nous entendions
bien avec eux et on jouait souvent ensemble dans la cour ou en
dehors. Mais pour eux Noël n'est pas un jour de fête car
ils ne croient pas au petit Jésus comme nous...
" Dis
maman... Est-ce qu'on peut inviter quelqu'un à la maison
pour le repas de ce soir ? " Ca avait été
plus fort que moi, les mots étaient sortis tous seuls de ma
bouche ; je ne me rappelais même pas les avoir
pensés.
" Pourquoi ?
Et qui veux-tu inviter ? me répondit maman d'un air
absent. Elle était en train de remplir la poule de
viande.
-
Je
ne sais pas... Mais c'est grave si c'est des gens qui croient pas
à Jésus que j'aimerais inviter...
-
Non, ce n'est
pas grave... Enfin je ne crois pas... Mais Andrée que te
passe-t-il par la tête ?
-
J'ai juste
pensé à ça, je ne sais pas
pourquoi... "
Mémé
et Antoinette qui étaient elles aussi dans la petite cuisine
se tournèrent vers moi.
" Ce
n'est pas bête la question à la petite, finit par dire
la grand-mère
-
De
quoi mémé ? lança ma sœur. Elle ne
comprenait pas... En vérité, je ne savais pas bien
moi même où je voulais en venir.
-
De
toute manière, ce n'est pas à nous de décider
de ce genre de choses et vous le savez belle-maman. "
Mémé remua la main de bas en haut : elle faisait
souvent ça pour dire qu'elle comprenait. Elle sortit de la
pièce en me faisant signe de la suivre. Maman lui
lança un regard plutôt noir : elle avait besoin
de moi dans la cuisine.
" Va
chercher tes amis de l'école avec tes frères. Je vais
vous faire un petit gâteau ; en attendant qu'il soit
prêt vous pourrez jouer dehors...
-
Mais papa et
maman ne vont pas être contents ; il faut qu'on les
aide. Papa va bientôt partir aux champs et il voudra les
garçons avec lui. Et maman veut que je l'aide à la
cuisine..., lui répondis-je.
-
Je
parlerais à mon fils, ne t'inquiètes donc pas
Andrée. Il écoutera bien sa vieille mère... Si
tu veux vraiment être avec tes amis de l'école, va les
chercher... "
Est-ce que
c'était bien ce que je voulais ? " une fête
pour être ensemble... " avait-elle dit... Ils ne sont
pas de ma famille, ni de ma religion mais aujourd'hui pour nous
c'est une fête, alors pourquoi ils n'en profiteraient pas un
peu avec nous...
Nous
étions tous dans la cour devant la maison. Mon père
avait cédé devant ma grand-mère et nous avait
autorisés à jouer. On se croirait à
l'école car nous étions tous là. Les
mères de certains d'entre mes copains de classe les avaient
accompagnés, et elles discutaient avec ma mère en ne
nous quittant pas de l'œil.
Le
ciel s'ouvrit alors mais pas pour laisser tomber la pluie. Ce fut
une poudre blanche et éphémère qui tomba sur
nous en doux flocons.
De
la neige, vous rendez-vous compte... Il neigea pendant une demi
heure. Tout le monde était sorti de chez soi et ensemble
dans les rues du village, ils avaient tous la tête
levée vers le ciel. Est-ce un miracle ?
Moi je savais
que non... C'était le cadeau promis par une petite
fée aux yeux verts.
Mamie avait
terminé son histoire et par la fenêtre nous
perçûmes les premiers flocons de l'hiver. Ce serait
probablement les seuls, car par chez nous il ne neige pas
beaucoup.
Elle nous a
quitté depuis quelques années, papi aussi. Puis
à mon tour, je suis devenue maman. J'aurais aimé
qu'ils voient ça...
Je
suis Marie et aujourd'hui c'est moi qui raconte les histoires.
Mes enfants sont encore petits, mais autour de moi, il y a mes
petits cousins et mes neveux et nièces qui écoutent
avec plaisir les histoires d'antan.
La
maison de notre enfance, celle de nos grands-parents, n'a pas
changé. Le vieux fauteuil où s'asseyait mamie est
toujours là, et c'est moi aujourd'hui qui suis assise
dessus. Je n'ai pas oublié cette histoire, son
histoire...
Et
même si depuis longtemps je sais qu'elle l'a inventé
de toutes parts pour nous, je l'aime encore et la raconte à
mon tour avec plaisir.
Nous sommes
ensemble...
Et
c'est Noël.
En
espérant que vous êtes arrivés au bout...
^^
Tifet
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